Dany Lahaye

Éleveuse, cavalière et esthète

Dany Lahaye a choisi son chemin très tôt. A 5 ans déjà. Peut-être que Nuno Oliveira avait tracé la route et que la cavalière lui a emboité le pas. Elle l’a suivi, « a pris tout ce qu’elle pouvait prendre », comme elle dit,  pendant 14 ans,  jusqu’à la disparition du Maître. Elle élève les chevaux que le Maître aimait, elle suit, fascinée, son enseignement depuis toujours. Le tout sur fond d’airs d’opéra.

duche-piaffer

Dany-Lahaye-Jolie-Dame
Saumur-pas-espagnol
Dany Lahaye a la passion chevillée au corps. La passion du cheval, de la peinture, de la musique. Sa mère était professeur de piano. Son grand-père, marchand de chevaux et jockey, lui achète son premier poney et lui donne ses premières leçons. Nuno Oliveira ressemblait à son grand-père. Elle l’a vu pour la première fois à 5 ans, en Belgique, alors qu’il présentait deux chevaux avec une de ses élèves, Christiane Farnir. Il montait toujours en musique, sur des airs d’opéra.
Elle a été éblouie. A 13 ans, elle a pu suivre son premier stage avec lui, sur sa jument « Jolie Dame », que le Maître appelait « Jolie Madame ».

Ses parents lui achètent ensuite « Saumur », un cheval très bien dressé, qui va devenir son maître d’école et lui faire connaître les sensations du passage, du pas espagnol, des changements de pied.

A 16 ans, elle quitte la Belgique pour Toulouse, avec ses parents, suite à la paralysie de sa mère. Elle se sent un peu isolée dans un club où l’0n pratiquait l’obstacle et le cross. Puis elle rencontre une élève de Nuno Oliveira qui l’emmène pour la première fois au Portugal. C’est là qu’elle comprend que c’est cette équitation qu’elle veut, et rien d’autre! « Je déplace alors mes chevaux dans toute la France, pour participer aux stages organisés avec Nuno et également son fils João », avec lequel elle va rester très proche, jusqu’à la mort de celui-ci il y a peu. « Tout ce que je pouvais prendre, je le prenais », dit-elle. Et à 16 ans, elle donne déjà des cours à des cavaliers qui admirent ce qu’elle fait avec son cheval « super dressé ».

De là naît l’idée de créer une école: « Avoir des chevaux bien mis et mettre les gens à cheval sur ces chevaux. Pour leur faire sentir le rassembler dans les airs de haute école, passage, piaffer… leur donner envie… ».

Mais les hasards de la vie font que l’élevage prendra le pas sur l’école. C’est au Portugal, chez le Maître Nuno Oliveira que Dany découvre l’élevage Menezes, grâce surtout à Levante qu’elle aimait particulièrement et qu’elle a eu la chance de monter très souvent; mais aussi grâce à Jabute, explique-t-elle sur son site http://www.dany-lahaye-lusitano.com.

Un jour, après lui avoir donné une leçon sur Jabute, le Maître lui a parlé de son ami le docteur José Menezes et de ses chevaux qu’il trouvait exceptionnels. « Étant vétérinaire et directeur des haras nationaux portugais, cet éleveur était bien placé pour choisir ses reproducteurs. »

« Les Menezes se distinguaient surtout par un caractère très stable, de bons aplombs et des membres solides. Grands et forts, avec beaucoup de finesse sensitive, ils étaient faits pour le rassembler très poussé tout en étant capables de donner des allures très étendues. De nombreux sujets issus de cet élevage ont été dressés par Nuno Oliveira à tous les airs d’école avec un rare brillant. Malheureusement après la mort de l’éleveur en 1970, personne n’a continué son élevage et les dernières juments ont été envoyées à l’abattoir ! Les Menezes étaient donc condamnés à disparaître.»

Dany achète, en France, une jument de cet élevage, puis les 4 autres que le destin va mettre sur sa route. « Du coup, je me suis lancée dans l’élevage », dit-elle.

Jabute

Holanda M
par Canapé CN et Medalha M

Joia M
par Canapé CN et Reliquia M

Magia M
par Gaipo CN et Revoltosa II

Medalha II M
par Gaipo CN et Horda M

Elle fait saillir ces juments par les  derniers étalons Menezes, Invencivel et Imperio, et achète deux fils de Jabute. Tous ces étalons qu’avait dressés Nuno Oliveira étaient fils de Canapé, pilier de l’élevage Menezes. Et, pour remonter plus loin encore dans les origines, le grand-père de Canapé se nommait Primoroso, un cheval espagnol un pur Cartujano (Terry), importé d’Espagne au Portugal en 1923.

ELEVAGE DANY LAHAYE
L’objectif était de sauver cet élevage, dont les chevaux présentaient toutes les qualités nécessaires au dressage. Les Menezes ont au moins autant de sang et de finesse que les Veiga, mais avec le calme en plus. Ils ont l’énergie, l’équilibre, la force, d’excellentes allures et une grande aptitude au rassembler. « C’est la force tranquille » . Dany Lahaye craint que le PSL actuel ne soit en train de perdre ses qualités originelles, qu’il ne devienne trop rigide, trop horizontal. Ses allures deviennent de plus en plus rasantes, le geste arrondi partant de l’épaule se perd.

Les chevaux de Dany, Duché en particulier, ressemblent beaucoup à Primoroso, le pur Cartujano. En plus, ils sont doués pour l’obstacle. « Je cherche à produire un cheval polyvalent, un vrai cheval, un cheval  sportif, mais un cheval artiste aussi ». Ce cheval doit avoir des aptitudes pour le dressage académique. « Il doit pouvoir s’étendre, tout en restant souple, et se mettre sur les hanches, félin, mobile et léger. Il doit avoir un très bon mental, avoir envie de coopérer, pouvoir se donner ».

Actuellement, son élevage compte  un grand nombre de sujets. Dany aimerait maintenant diminuer l’aspect élevage et revenir à l’idée de départ, pour se consacrer davantage à l’enseignement et créer des écoles  qui formeraient non seulement des cavaliers , mais également des enseignants en équitation académique.

L’héritage

Comme elle a été une des plus jeunes élèves de Nuno Oliveira, Dany Lahaye est peut-être une des dernières à avoir suivi son enseignement en France et à le transmettre. Elle porte son héritage, avec Michel Henriquet entre autres. Elle espère que l’équitation de compétition , qui permet de promouvoir le cheval lusitanien, évolue vers une  équitation plus fine, plus respectueuse du cheval et de son équilibre. « Trop de chevaux sont plaqués, comprimés, emboutis et contraints par les aides de leur cavalier. Ils ne peuvent pas évoluer dans la légèreté et l’équilibre. Ils ne sont pas heureux et les gesticulations des chevaux montés de cette manière n’offrent pas, à mes yeux, un beau spectacle ».

Pour la cavalière-esthète, si l’équitation est juste, elle est belle. « Les chevaux de Nuno Oliveira étaient placés loin devant, ils se grandissaient, les hanches s’abaissaient. Ils étaient aériens, félins, décontractés dans une impulsion extrême. Au passage, il n’y avait pas un muscle qui ne fonctionnait pas ». Le cheval-artiste.

La beauté n’a rien à voir avec la morphologie du cheval. Pendant les dernières années de sa vie, Nuno Oliveira a monté des chevaux  peu gâtés par la nature. Il les transformait, les modelait tel un sculpteur.  Il voyait dans ces chevaux des qualités qu’il mettait en évidence. Il cherchait un rassembler poussé à l’extrême avec des chevaux qui n’étaient pourtant pas faits pour ça ».

Cette équitation n’a pas grand chose à voir avec la prétendue équitation de légèreté de certains « oliveiristes », qui n’est autre qu’ »une équitation de retraités, une équitation ran-plan-plan, rênes abandonnées, avec un cavalier et surtout un cheval qui ne font rien ».

Duche-et-Dany

Le propre de l’équitation de Nuno Oliveira, c’est le rassembler et l’équilibre, avec le maximum d’impulsion. « Malheureusement, cette équitation est bien mal représentée et le Maître n’a jamais eu autant d’élèves que depuis qu’il est mort », conclut Dany Lahaye.

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Source : Chevaux Ibériques, magazine équestre en ligne – le 17 janvier 2014.



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